Les jeux de course tout-terrain sont la spécialité d'Evolution Studios, le créateur de MotorStorm. eu.playstation.com lui a rendu visite pour découvrir l'envers du décor.
La boue gicle. Les moteurs vrombissent. La course est à peine lancée qu'une victime est déjà à déplorer. Une bécane a foncé dans un arbre, envoyant son pilote faire un joli vol plané. Un quad est alors contraint à une embardée soudaine pour tenter d'éviter le pauvre bonhomme. Pas pour l'épargner, cela dit. Il est simplement bien plus avisé de dévier de la course et laisser les autres véhicules se caramboler que de se prendre un corps en plein pare-brise. Mesdames et messieurs, bienvenue dans l'univers impitoyable de MotorStorm !
Difficile de croire que cette démesure soit l'œuvre d'un studio calme ayant établi domicile dans la paisible ville industrielle de Runcorn, dans le nord de l'Angleterre. En fait, on pourrait presque penser qu'on a atterri par erreur chez les développeurs d'un jeu de réflexion bateau. Néanmoins, les doutes se dissipent rapidement...
L'évolution de MotorStorm
Il règne une chaude ambiance chez Evolution Studios. Les bureaux modestes mais spacieux sentent bon l'énergie et l'enthousiasme. L'équipe qui bosse sur MotorStorm: Pacific Rift comprend une centaine de personnes. 75 % d'entre elles sont des codeurs et des graphistes, le reste se composant de concepteurs et de personnel d'assistance répartis dans l'ensemble des bâtiments. Malgré la flopée de visiteurs ayant hâte de voir où en est la suite très attendue, la bonne humeur règne avant une présentation rapide qui fait démarrer la journée sur les chapeaux de roues.
MotorStorm: Pacific Rift débute par un magnifique plan de l'île sur laquelle le jeu se déroule, affichant une sérénité et une tranquillité qui tranchent avec le bruyant chaos qui va suivre. Évidemment, cet environnement extravagant s'inspire de Hawaï, l'une des îles les plus paradisiaques de la planète... sauf qu'ici, il n'est pas question de faire bronzette en sirotant des cocktails.
"Nous avons conservé tous les éléments de la première édition et mis les bouchées doubles au niveau de la brutalité et de l'agressivité", lance Paul Hollywood, directeur artistique chez Evolution Studios. "Ce n'est pas simplement MotorStorm dans la jungle. C'est MotorStorm sur le toit du monde. C'est MotorStorm au bord d'un volcan. Et c'est sur ce point, c'est-à-dire l'environnement, que cette nouvelle édition se démarque vraiment de sa grande sœur. L'environnement et l'I.A. sont là pour vous mettre des bâtons dans les roues. Tout ça fait partie intégrante du monde brutal et complexe de la course tout-terrain."
Kershaw aux fesses
Dans une salle abritant un téléviseur HD massif et un projecteur, l'énergique Paul Hollywood nous montre le jeu en action. Bien qu'il ne soit prêt qu'à 60 %, Pacific Rift s'avère déjà de toute beauté. Le soleil se reflète sur les mares d'eau, les nombreux véhicules rebondissent violemment et se frôlent, la végétation claque sous le fracas... le tout avec une telle fluidité qu'on a l'impression d'avoir la version finale sous les yeux.
Nigel Kershaw, le directeur du jeu, nous montre ensuite Pacific Rift dans toute sa splendeur. Muni d'une manette sans fil, il effectue plusieurs manœuvres osées : tamponner les adversaires, sauter comme un cabri avec son quad, baisser son pilote pour éviter les branchages, et faire des gestes provocateurs à tous les concurrents qu'il dépasse. Rien de tout cela ne lui est d'une quelconque aide lorsqu'il lance une attaque un peu trop brutale sur un motard, puisque notre ami finit par se faire écraser par un Monster Truck, l'un des nouveaux véhicules du jeu.
Loin de s'en laisser conter, Kershaw revient dans la course et décide de traverser en force une gigantesque tour en bois, balançant des copeaux dans tous les sens. Content de lui, il suspend sa partie et passe en mode Photo pour immortaliser le carnage qu'il a délibérément provoqué. "Ce mode vous permet d'enregistrer n'importe quelle scène sur le menu d'accueil de votre PlayStation 3, pour la partager avec vos amis", déclare Kershaw.
Tonnerre mécanique
À en juger par l'attitude de Kershaw et d'Hollywood, et par les nombreuses récompenses remportées par MortorStorm, il est évident que Pacific Rift fait l'objet d'une sacrée fierté. Cela s'en ressent tout autant dans les diverses salles de développement, qui forment un véritable centre d'activité. Les murs sont couverts de dessins de personnages et de véhicules créés pour le jeu. On comprend ainsi l'importance de ces deux composantes dans cette deuxième édition, qui bénéficie également d'une plus grande diversité et d'options de personnalisation à gogo. En fait, chaque partie du studio possède sa propre ambiance. Dans l'une d'entre elles, on se serait cru dans la jungle du jeu, une autre est résolument différente, mais tout aussi dépaysante, ce qui est tout à fait de rigueur étant donné les environnements riches et variés que vous traverserez dans Pacific Rift.
"Nous essayons d'exploiter tout ce que l'île peut nous offrir", indique Mark Radcliff, développeur principal international. "Il y a des bassins de lave sur les sections en hauteur du circuit. Toutes les vapeurs et le sulfure présents dans l'air éradiquent une bonne partie de la végétation. Nous avons donc mélangé vie et désolation. Par ailleurs, la lave dope le turbo de votre véhicule. Les véhicules plus lourds sont plus robustes et moins enclins à la surchauffe et aux explosions. Lorsque vous pilotez un véhicule plus léger, vous devez faire attention lorsque vous enclenchez un turbo."
Toutes ces surfaces variées (boue, lave, herbe, gravier, etc.) nécessitent des conduites différentes pour chaque véhicule, ce qui renforce le côté extrêmement imprévisible du jeu. L'équipe teste minutieusement chaque objet au sein de l'environnement, afin de découvrir comment il interagit avec les véhicules (même l'herbe réagit différemment suivant la manière dont vous roulez dessus). Elle vérifie également comment l'I.A. s'adapte à votre course, et crée des trajectoires différentes pour chaque parcours, suivant les dégâts que vous causez d'un tour à l'autre. À cet égard, les monstres mécaniques peuvent foncer à travers le décor et ouvrir la voie à de nouvelles sections du circuit, ce dont les véhicules plus légers ne seraient guère capables.
MotorStorm goes to Hollywood
Sur un poster placardé sur l'un des murs où les codeurs et concepteurs affichent les croquis du jeu, on peut lire "Teamwork makes the dream work" (grâce au travail d'équipe, les rêves deviennent réalité). Ce principe semble prévaloir chez Evolution Studios, et Paul Hollywood ne manque pas de le souligner. "Nous sommes toujours très passionnés dans tout ce que nous faisons. Cette passion provient du plaisir à bosser sur les jeux, mais aussi de la volonté de s'améliorer constamment. Pas seulement pour devenir les meilleurs sur le marché, mais aussi pour proposer des jeux toujours plus réussis."
"Bien sûr, il y a des désaccords. Il y a toujours des discussions... créatives !" dit Hollywood en souriant. "Avec Nigel Kershaw, nous avons souvent des moments de tension amicale lorsque nos opinions diffèrent. Nous avons toutefois le même objectif : créer un produit de qualité. Il est très difficile de contenter tout le monde. Il y a des personnalités riches et diverses ici, donc si tout le monde est satisfait du produit fini, les fans devraient s'éclater."
Enjoué et volubile, Hollywood s'inscrit parfaitement dans la philosophie de MotorStorm et d'Evolution Studios. Il n'a pas peur d'exprimer son enthousiasme et son amour pour les jeux vidéo. En plus de dix-sept ans, ce fondateur du studio a toujours démontré une passion indéfectible. Son message quant à l'expérience qu'il veut faire ressentir aux joueurs est clair comme de l'eau de roche. "Notre but est de faire sourire les joueurs. Nous voulons les divertir et les mettre à l'épreuve, afin qu'ils aient envie de rejouer pour s'améliorer, battre l'I.A. et ainsi de suite. Plaisir et persévérance sont les valeurs essentielles que nous voulons transmettre au joueur."
Vidéo Gag
Chez Evolution Studios, la personnalité suinte de partout. Que ce soit avec Kershaw, Hollywood, les autres membres de l'équipe ou la diversité de Pacific Rift, le jeu traduit à merveille l'effervescence qui règne dans le studio. Le système Gag, déjà présent dans le premier MotorStorm, en est également un parfait exemple.
Ce système rend les adversaires informatiques plus humains. Il permet de créer des variantes comportementales qui changent et s'ajustent à mesure que la course progresse. Ainsi, un Gag de blocage déchaînera un pilote qui voudra faire obstruction par tous les moyens, un autre renforcera l'agressivité des conducteurs, et ainsi de suite... Le système Gag est tellement sophistiqué qu'il peut décider lorsque l'I.A. veut interagir avec les objets et les obstacles, tout simplement pour vous compliquer la tâche (ainsi qu'à vos concurrents) en mettant le boxon.
L'un des Gags préférés de l'équipe est particulièrement comique. "Si l'un des véhicules contrôlés par l'I.A. est à la traîne, il peut parfois être envoyé dans le décor et mis hors course", explique le concepteur Mike Humphrey. "Lorsque le joueur passe devant la scène de l'accident, il peut voir le pilote tituber à côté de son épave." Eh oui, même hors de son véhicule, l'infortuné dispose d'un système spécifique de détection de collision. Ça fait mal.
Un jeu qui tient la route
Les moult petites touches bienvenues dans MotorStorm: Pacific Rift sautent au yeux dès le début. La détection de mouvements permet d'équilibrer certains véhicules lorsqu'ils penchent sur deux roues, des courses hors ligne jusqu'à quatre joueurs sur écran divisé vous frottent à un maximum de dix véhicules informatiques, la musique est personnalisable... et ce n'est qu'un avant-goût !
Cependant, Evolution Studios veut surtout que vous preniez plaisir à jouer au soft, autant qu'il a pris plaisir à le développer. Hollywood veut faire passer l'énergie de ses propos dans Pacific Rift. "J'ai la chance de travailler avec certains des développeurs les plus intelligents et les plus doués du monde. Nous sommes proches les uns des autres et mettons vraiment du cœur à l'ouvrage."
"Un jeu est tributaire de ses développeurs, qui apportent leur sueur, leurs larmes, leur colère, leurs rires... Il est réussi si on lui accorde l'attention nécessaire du début à la fin. Je pense que c'était le cas pour MotorStorm", souligne Hollywood. "Si tout se passe bien, Pacific Storm sera encore plus réussi. Le succès remporté par MotorStorm nous a poussés à nous dépasser, d'autant que la concurrence actuelle redouble d'efforts pour nous égaler."
"Il est hors de question de nous arrêter en si bon chemin ou de mettre la pédale douce... on va y aller à fond."